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Septembre 2011 – Mont-Blanc « sportif »

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Tout est parti d’un projet qui n’était pas le mien… Mon père a toujours voulu faire le Mont-Blanc, et, pour l’année de ses 75 ans, je m’étais proposé pour l’accompagner. A la recherche d’un guide en qui nous pourrions avoir confiance, j’avais très vite pensé à Vincent Delebarre. Vincent est un des meilleurs trailers français, il a notamment gagné l’UTMB, et j’avais fait un excellent stage de reconnaissance avec lui en 2010.

Nous avions planifié ce Mont-Blanc « classique » en juin. Malheureusement, le week-end prévu fut saboté par une météo catastrophique, nous avions abandonné le projet. Partie remise éventuellement pour septembre, avec beaucoup d’incertitudes, Vincent et moi devions participer à l’UTMB et enchaîner 1 mois et demi plus tard avec le Grand Raid de la Réunion… pas évident de caler un Mont-Blanc au milieu d’un process de récupération.

J’avais recroisé Vincent à la soirée “VIP” de l’UTMB, et je l’avais relancé sur le projet… Puis ce fût l’UTMB fin août…. Le 4 septembre, je recevais un email de Vincent : « jouable pour moi la semaine du 12 au 18 septembre, et vous ? ». Malheureusement mon père, un peu trop fatigué, préférait remettre au printemps suivant.

Vincent me proposa alors : « si tu veux, on peut le faire en mode sportif, c’est une super expérience ! ». Après une longue et intense réflexion (au moins 7 secondes), ma réponse tombait : « banco ».

Alors si j’ai bien compris, en principe on fait le Mont-Blanc comme ça :
- on prend un train qui va de St Gervais jusqu’au Nid d’Aigle à 2’380 m
- on marche jusqu’au refuge de Tête Rousse à 3’167 m
- on monte jusqu’au Refuge du Goûter à 3’817 m
- on passe la nuit au refuge, ce qui permet au corps de s’acclimater un peu
- on repart vers 2h du matin pour arriver au sommet (4’810m) entre 8h et 9h….

Le train du Nid d'Aigle... il ne sera pas pour nous !!!

Bref, un premier jour avec 1440 m de dénivelé, 5 à 6h de marche. Un deuxième jour avec 1’000 m de dénivelé et 6h de marche. Au total 2’440m de dénivelé, environ 12h de marche.

Pour nous le plan est plus simple : on part vers 23h30 d’un peu en-dessus de St-Gervais, donc on se rajoute 1’000m de dénivelé, et on va tout droit au sommet. C’est carrément violent, car en plus de l’effort sportif (3’500 m de dénivelé et un grand nombre de km), l’altitude et la raréfaction de l’oxygène décuplent la difficulté.
Vincent l’a fait en 7h30 avec Anthony Gay, un trailer de haut niveau, qui a fini 3ème du 80km du Grand Raid de la Réunion. Il pense que nous allons mettre environ 9h… je trouve cela carrément optimiste! J’ai un peu – non en fait carrément – peur, mais je fais totale confiance à Vincent pour gérer le projet, et pour assurer notre sécurité. Donc go !

Enfin go… façon de parler, parce que juste après l’UTMB j’ai quand même quelques petites séquelles, et notamment une tendinite qui s’est installée. Le week-end avant l’ascension c’est donc opération anti-inflammatoires, avec tous ses effets collatéraux forts désagréables… je croise les doigts toute la semaine pour que l’issue soit positive, et qu’on ne soit pas obligés de faire demi-tour au bout de quelques heures.

Arrive le jour dit, jeudi 15 septembre. Le temps doit se maintenir jusque samedi, puis tourner au franchement mauvais.

Rendez-vous à st Gervais, pour 17h.
Après un Coca et une petite session de cartographie, pendant laquelle Vincent m’explique les différentes options, nous partons nous installer dans un petit parking en-dessus de Saint-Gervais. Il nous faudra bien une bonne heure pour préparer le matériel, et éliminer tout ce qui sera superflu pour notre ascension. Cours rapide d’enfilage de casque, de crampons, quelques barres de nougat, le sac est prêt !

Préparation du matériel, quelques heures avant le départ

Ensuite on réchauffe un petit saucisse-lentille en boîte, une soupe et une banane, et c’est parti pour une longue nuit de repos!

Enfin… disons plutôt 2 heures de sommeil léger… il est déjà 23h, l’heure de se lever ! Un petit déjeuner frugal et rapide (en même temps nous avons dîné il y a quelques instants), et nous sommes sur le sentier du départ. C’est la forêt, puis une montée assez abrupte, avec échelles, câbles… je me crispe un peu, mais me fais vite remettre d’aplomb par Vincent. Il me livre tout une série d’explications, raisonnements, etc… que je simplifierais par « tu vas pas commencer à faire ta fiotte ».

C'est parti !

En pleine nuit, nous apercevons soudain des lueurs de lampe frontale, au niveau du Nid d’Aigle… qui peut bien se promener ainsi en pleine nuit ? Nous l’apprendrons bien plus tard.

Après de longues minutes de montée, on arrive au Nid d’Aigle, où on apprend que le train ne circule plus. Information importante : si demain matin nous sommes vannés, et bien… il faudra quand même redescendre à pied. Chic !

Nid d’Aigle, 2’380m, vendredi 1h30
1h45 depuis le départ, 900 m de dénivelé positif

On commence l’ascension vers le refuge de Tête Rousse. L’ambiance est très minérale. La lune illumine le glacier de Bionassay pour une ambiance magique. Jusqu’ici tout va très bien, aucune douleur à la cheville, le moral est au beau fixe !

Le topo de l'ascension de l'Aiguille du Goûter

Refuge de Tête Rousse, 3’167m, vendredi 2h55
3h10 depuis le départ, 1’687m de dénivelé positif

Nous traversons le glacier noir de Tête Rousse, celui qui menace Saint Gervais, et nous nous dirigeons vers le Couloir du Goûter. C’est un des passages les plus dangereux de l’ascension. Mais à cette heure-ci on ne risque rien… ce ne sera pas le cas plus tard dans la journée ! Commence alors l’escalade vers le Refuge du Goûter. Oui, je dis bien « l’escalade », car à ma grande surprise on m’a mentit, le Mont-Blanc, ce n’est pas juste de la ballade !!! Il s’agit vraiment d’escalader une longue paroi. C’est du très très facile, du III+ au grand max, mais l’altitude rend déjà l’exercice compliqué. De plus, malgré une grande clarté apportée par la pleine lune, la nuit rend les appuis difficiles… le corps est en recherche permanente d’équilibre, dans un contexte de raréfaction d’oxygène… pas facile !

Dans l'Aiguille du Goûter (photo Vincent Delebarre)

Malgré les conseils de Vincent, j’ai du mal à faire des mouvements souples, j’avance par à coups, rien de pire pour se crever !

Nous doublons les premières cordées du matin dans l’ascension du couloir… drôle d’impression de rencontrer des gens dans ces conditions.

Toujours l'Aiguille du Goûter. Je commence à être moins frais ! En-dessous c'est Sallanches je crois... (photo Vincent Delebarre)

Enfin, c’est l’arrivée au Refuge du Goûter. Je ressens une sensation d’épuisement intense, comme après une course longue et rapide.

Je me dis qu’on va passer à de la marche sur la neige, que cela devrait être maintenant beaucoup moins « physique ».

Je me trompe.

Refuge du Goûter, 3’817m, vendredi 5h25
5h40 depuis le départ, 2’337m de dénivelé positif

Pour l’instant nous nous posons quelques minutes pour boire et manger un peu. Comme nous sommes partis au plus « light », s’arrêter nous fait ressentir le froid ambiant. Séance d’enfilage de crampon… cela faisait bien 20 ans que je n’en avais pas mis !

Soudain c’est l’alerte : une très grosse envie de vomir… très mauvaise nouvelle, puisque c’est un des symptômes du « mal aigu des montagnes », qui signifierait un retour en vitesse vers la vallée. Heureusement cela passe très vite, et comme je n’ai pas mal à la tête, c’est probablement juste une réaction à l’effort…

C’est parti pour la dernière partie du voyage. Maintenant tout va se passer sur la neige et la glace. Au début cela se passe plutôt bien, en tout cas sur les 100 premiers mètres. Rapidement cela se corse ! Faire 2 pas, ça va. Une 10aine c’est beaucoup plus compliqué. Alors enchaîner 100 m d’affilé, c’est juste l’enfer ! Une sensation d’épuisement total, le but du jeu est de ne surtout pas penser aux 1’000 mètres de dénivelé qui nous attendent dans ces conditions… J’essaie de prendre le rythme « crampons », c’est-à-dire avancer un pied après l’autre, lentement, mais c’est difficile pour moi…

Tracé de l'ascension du Mont-Blanc par l'Arête des Bosses. Vue depuis le Dôme du Goûter...

J’ai l’impression d’être saoul, la vision est trouble, les idées confuses, j’ai beaucoup de mal à parler, il faut faire un effort pour articuler.

Régulièrement je dois m’arrêter quelques secondes, car je n’ai juste plus la force de faire un pas de plus.

Y'a encore un peu de chemin à faire... (photo Vincent Delebarre)

Vincent gère l’avancée, me laisse me reposer quand j’ai besoin, tout en mettant la pression suffisante pour que je n’oublie pas notre objectif.

Refuge Vallot, 4’362m, vendredi 7h35
7h50 depuis le départ, 2’882m de dénivelé positif

Après un horrible petit raidillon, c’est le Refuge Vallot, si proches du but… mais le doute est terrible. Notre progression est une telle « souffrance » que je n’imagine pas continuer d’accepter celle-ci pendant les 450 mètres de dénivelé qu’il nous reste. Prendre quelques heures pour se reposer à Vallot, pourquoi pas, mais on sort alors du cadre « sportif » de l’aventure. Je me tourne vers Vincent : « tu crois que je peux y arriver ? ». Sa réponse me laisse face à moi-même : « je ne vois pas encore de paramètre qui pourrait nous en empêcher ». En gros, le seul qui a les clés du succès ou de l’échec, c’est moi. Le temps est toujours magnifique, même si le froid est glacial. Nous sommes toujours dans le timing. Ok c’est reparti !

Sur l'Arête des Bosses. En-dessous le Refuge Vallot. (photo Vincent Delebarre)

Très vite nous sommes sur l’Arête des Bosses, que je redoutais un peu. Mais finalement c’est beaucoup moins impressionnant que prévu. Ou alors j’ai l’habitude du vide maintenant !

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Ca y est on voit le sommet, le vrai. La fin est proche, c’est maintenant évident. Derniers pas difficiles, on y est !

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=mVBLDbdpyhU]

Sommet du Mont-Blanc, 4’810m, vendredi 9h25
9h40 depuis le départ, m de dénivelé positif

Je tombe dans les bras de Vincent. Il m’a véritablement guidé et accompagné, fait en sorte que je me surpasse sans me « pousser »… merci !

La joie fait oublier les poumons douloureux ! Il y a d’autres cordées avec nous, mais le bruit du vent fait qu’on se sent seuls…

Mont-Blanc - Septembre 2011 - Le sommet !

C’est le moment de re-descendre. Comme Vincent me l’avait expliqué, tout à coup tout va mieux, le corps s’est habitué à l’altitude, et après être monté à 4’810m, descendre à 4’400m devient une plaisanterie pour lui. Nous croisons les cordées qui montent, avec à chaque fois une petite pensée pour eux et ce qu’il leur reste à accomplir.

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Après avoir passé le Refuge Vallot, nous prenons un long moment assis dans la neige pour refaire le film de l’ascension… l’impression d’être entre deux descentes de ski, tranquilles…
Ceci dit il ne faut pas traîner, il s’agit de passer le plus tôt possible dans le Grand Couloir, qui va être de plus en plus dangereux au fur et à mesure que la chaleur du jour va faire fondre la glace…

Arrivés au Refuge du Goûter, nous enlevons rapidement piolet et crampons, enlevons les Gore-Tex, et attaquons la descente… gloups ! Ce qui paraissait impressionnant de nuit l’est encore plus de jour ! Il faut à la fois faire attention de ne pas tomber, trouver sa route parmi le dédale des rochers, et parvenir à doubler les cordées qui sont toutes beaucoup plus lentes que nous…

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A côté de nous, les cailloux commencent à dévaler le Grand Couloir… de plus en plus régulièrement… la pression monte ! Si on ne peut pas passer, il faudra remonter au Refuge du Goûter pour y passer la nuit.

Enfin c’est la traversée du Couloir du Goûter. On attend quelques secondes en scrutant le haut du couloir, et c’est parti ! On ne court pas, mais on garde un bon rythme tout en restant silencieux… ok on est passés !

Maintenant la descente est beaucoup plus sereine, il n’y a plus de couperet…

Plus sereine, mais pas moins physique. Il reste encore quelques milliers de mètres de dénivelé négatif, quelques kilomètres de distance… et ça, ça fait mal aux gambettes !
En arrivant au Nid d’Aigle, nous tombons sur Caroline Freslon-Bette, traileuse super forte…
-       Qu’est-ce que vous avez fait ?
-       Le Mont-Blanc depuis les Houches, et vous ?
-       Le Mont-Blanc depuis Saint-Gervais ! Vous êtes partis à quelle heure ?
-       22h30…
-       C’est donc vous qu’on a vus monter cette nuit !

Apparemment l’expérience de Caroline a été similaire à la mienne : magnifique mais exténuante !

Elle raconte son aventure ici : http://carottepourtous.over-blog.com/article-mont-blanc-l-integrale-et-sans-escale-84349407.html
Nous faisons un bout de chemin ensemble, puis chacun suit sa route… nous ne sommes pas rendus !

Les cuisses commencent à piquer, les pieds sont bien chauds, j’ai de bonnes ampoules qui font mal, et Vincent a des engelures des pieds qui se réveillent… autant dire que nous sommes contents de retrouver la voiture !

Bilan

- positif : il s’avère que j’ai assez vide récupéré de l’UTMB
- positif : je n’ai pas du tout souffert de ma tendinite, pendant tout le parcours… bye-bye définitif j’espère
- positif : à 3 semaines de la Diagonale des Fous, je voulais faire un gros bloc d’entraînement, c’est réussi !!!
- négatif : je crois que la haute-montagne, ce n’est pas mon truc
- négatif : je crois que j’y ai pris goût… :-)
- positif : j’ai trouvé un super guide de haute-montagne : Vincent Delebarre… de la pub pour lui ci-dessous!

Liens utiles

- la page Facebook de Vincent Delebarre, guide de haute-montagne
- le compte Twitter de Vincent Delebarre

Written by ultratrailme

septembre 25th, 2011 at 10:36

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